Traité du Purgatoire (9) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Nécessité du purgatoire.

J’ajoute encore ceci que je vois. De la part de Dieu, le paradis est ouvert, y entre qui veut. C’est que Dieu est toute miséricorde, il reste tourné vers nous, les bras ouverts pour nous recevoir dans sa gloire. (12)

Mais je vois d’autre part comment cette divine essence est d’une telle pureté et netteté, au-delà de tout ce qu’on pourrait imaginer, que l’âme qui aurait en soi une imperfection aussi légère qu’un fétu minuscule, se jetterait en mille enfers plutôt que de se trouver avec cette tache en présence de la majesté divine.

Aussi voyant que le purgatoire a été fait pour lui enlever ces taches, elle s’y jette. Elle voit que c’est là une grande miséricorde pour elle que ce moyen d’enlever cet empêchement.
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(12) Jésus a dit : «Celui qui vient à moi je ne le jetterai pas dehors » (Jean, 6,37).

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Traité du Purgatoire (8) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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8. L’Enfer et le Purgatoire font connaître l’admirable sagesse de Dieu.

De même que l’esprit net et purifié ne se connaît aucun lieu de repos sinon Dieu même puisqu’il a été créé à cette fin, de même l’âme pécheresse n’a de place nulle part sinon l’enfer puisque Dieu le lui a destiné pour sa fin.

C’est pourquoi au moment même où l’esprit est séparé du corps, l’âme se rend au lieu qui lui est destiné, sans autre guide que la nature même de son péché, au cas où l’âme se détache du corps en état de péché mortel.

Si l’âme ne trouvait pas à ce moment même cette destination qui procède de la justice divine, elle serait dans un enfer pire que l’enfer même. La raison en est que l’âme se trouverait hors de cette disposition divine qui n’est pas sans une part d miséricorde, puisque la peine infligée n’est pas aussi grande qu’elle le mérite. Aussi l’âme, ne trouvant aucun lieu qui lui convienne davantage ni lui soit moins douloureux, Dieu l’ayant disposé ainsi, elle se jette d’elle-même en enfer puisque c’est là sa place.

Il en est de même du purgatoire dont nous parlons. Séparée du corps, l’âme qui ne se trouve pas dans cette netteté dans laquelle Dieu l’a créée, voyant en elle l’obstacle qui la retient et sachant qu’il ne peut être enlevé que par le moyen du purgatoire, elle s’y jette aussitôt et de grand cœur.

Si elle ne découvrait ce moyen disposé par Dieu pour la débarrasser de cet empêchement, à l’instant se formerait en elle un enfer pire que le purgatoire, parce qu’elle se verrait empêchée d’atteindre sa fin qui est Dieu. Cela est pour elle d’une telle importance qu’en comparaison le purgatoire est comme rien, quoique, comme il a été dit, le purgatoire est semblable à l’enfer. Mais c’est en comparaison qu’il est comme rien.

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Traité du Purgatoire (7) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. De quel violent amour les âmes du Purgatoire aspirent à jouir de Dieu. Exemple du pain et de l’affamé.

Elles éprouvent de plus une conformité si unifiante à leur Dieu, cette conformité les tire vers lui avec une si grande force par l’instinct de nature qui existe entre Dieu et l’âme. (11) qu’on ne peut donner aucun raisonnement, aucune comparaison, aucun exemple qui puisse expliquer assez cette chose au degré où l’âme la ressent dans son opération en elle et par son expérience intime. J’en donnerai cependant un exemple qui se présente à mon esprit.

Supposons qu’il n’y eût dans le monde entier qu’un seul pain pour enlever la faim à toute créature ; supposons de plus que rien qu’à voir ce pain les hommes en seraient rassasiés.

Étant donné que l’homme, à moins d’être malade, a l’instinct naturel de manger, s’il vient à ne plus manger, tout en étant préservé de maladie et de mort, sa faim grandirait continuellement puisque son instinct de manger ne diminuerait jamais.

Il sait que ce pain est seul capable de le rassasier ; s’il ne peut l’avoir sa faim ne s’en ira pas, il restera dans un tourment intolérable. Plus il s’en approche sans arriver cependant à le voir, plus aussi s’allume le désir naturel que son instinct ramasse tout entier sur le pain en quoi se trouve tout contentement.

S’il savait avec certitude que jamais il ne lui sera donné de voir ce pain, à ce moment l’enfer s’accomplirait pour lui ; il serait dans l’état des âmes damnées qui sont privées de toute espérance d’arriver jamais à voir le pain qui est Dieu leur vrai Sauveur.

Mais les âmes du purgatoire ont l’espérance de contempler le pain et de s’en rassasier pleinement. Par suite, elles souffrent la faim et restent dans leur tourment aussi longtemps qu’elles sont retenues de se rassasier de ce pain, Jésus-Christ, vrai Dieu Sauveur, notre Amour.
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(11) Idée plus d’une fois énoncée par Catherine. Il y a entre Dieu et ses créatures spirituelles une conformité de nature et surnaturelle qui les attire vers lui, si elles n’y mettent obstacle par le péché. On se rappelle S. Augustin : «Tu nous as faits pour toi, Seigneur … »

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Traité du Purgatoire (6) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Purifiées du péché, c’est avec joie que les âmes du Purgatoire       s’acquittent de leurs peines.

Mais les âmes du purgatoire tiennent leur volonté en tout conforme à celle de Dieu. En conséquence, Dieu s’accorde avec elles dans sa bonté et elles demeurent contentes (quant à leur volonté) et purifiées de la coulpe du péché originel et du péché actuel.

Ces âmes sont rendues aussi pures que Dieu les a créées. Quand elles sortent de cette vie contrites de tous les péchés qu’elles ont commis, s’en étant confessées et animées de la volonté de ne les plus commettre, Dieu les absout aussitôt de leur coulpe et il ne reste plus en elles que la rouille du péché. Elles s’en purifient ensuite dans le feu par la souffrance.

Ainsi purifiées de toute coulpe et unies à Dieu par leur volonté, elles voient Dieu clairement, selon le degré de connaissance qu’il leur accorde ; (10) elles voient aussi de quelle valeur il est de jouir de Dieu et que les âmes sont créées précisément pour cela.
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(10) Il ne s’agit pas de la vision face à face réservée au ciel, mais d’une connaissance plus claire que sur terre, puisqu’il n’y a plus de passions ni de perceptions ou souvenirs sensibles pour en troubler la netteté.

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Traité du Purgatoire (5) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Dieu montre sa bonté même envers les damnés.

Ce châtiment des damnés n’est pas infini en quantité. La raison en est que la douce bonté divine étend le rayon de sa miséricorde jusqu’en enfer.

En effet, l’homme décédé en état de péché mortel mérite un châtiment infini et pour un temps infini. Mais la miséricorde de Dieu a disposé que seul le temps serait sans fin, et les peines limitées en quantité. En toute justice, il aurait pu leur infliger une peine plus grande qu’il ne fait.

Oh ! Quel est le danger du péché commis par mauvais vouloir ! C’est à grand’peine que l’homme s’en repent, et tant qu’il n’en a pas de repentir, le péché demeure et ce péché continue aussi longtemps que l’homme reste dans la volonté du péché qu’il a commis ou dans celle de le commettre.

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Traité du Purgatoire (4) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Différence entre les damnés et les âmes du purgatoire.

Les âmes qui sont au purgatoire se trouvent sans la coulpe du péché. (7) En conséquence, il n’y a pas d’obstacle entre Dieu et elles, hors cette peine qui les retarde et qui consiste en ce que leur instinct béatifique n’a pas atteint sa pleine perfection.

Voyant en toute certitude combien importe le moindre empêchement, voyant que la justice exige que leur attrait soit retardé, il leur naît au cœur un feu d’une violence extrême, qui ressemble à celui de l’enfer.

Il y a la différence du péché qui rend mauvaise la volonté des damnés de l’enfer ; à ceux-ci Dieu ne fait point part de sa bonté. Ils demeurent dans cette malice désespérée, opposée à la volonté de Dieu.

On voit par là que cette opposition de la volonté mauvaise à la volonté de Dieu est cela même qui constitue le péché. Comme leur volonté s’obstine dans le mal, le péché aussi se maintient. Ceux de l’enfer sont sortis de cette vie avec leur volonté mauvaise. Aussi leur péché n’est pas remis et ne peut l’être, parce qu’ils ne peuvent plus changer de volonté, une fois qu’ils sont sortis ainsi disposés de cette vie. En ce passage l’âme s’établit définitivement dans le bien ou dans le mal, selon qu’elle s’y trouve par sa volonté délibérée, conformément à ce qui est écrit ; «Là où je te trouverai, c’est-à-dire au moment de la mort, avec cette volonté ou du péché ou de rejet et de regret du péché, là je te jugerai.» (8)

 Ce jugement est sans rémission puisque après la mort la liberté du libre vouloir n’est plus sujette au changement. Elle reste fixée dans la disposition où elle se trouvait au moment de la mort.

Ceux de l’enfer, pour s’être trouvés à ce moment avec la volonté de pécher, portent sur eux la coulpe et la peine. Celle-là est infinie ; celle-ci n’est pas aussi grave qu’ils l’ont méritée, mais ils la porteront sans fin.

Au contraire, ceux du purgatoire ont seulement la peine, puisque le péché fut effacé au moment de la mort. Car ils étaient contrits de leurs fautes et se repentaient d’avoir offensé la bonté de Dieu. Aussi leur peine aura sa fin, elle va diminuant sans cesse dans le temps, comme il a été dit. (9)
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(7) Vue profonde de Catherine. A la mort, tout le sensible disparaît, tout le transitoire s’évanouit. L’âme s’établit dans l’absolu. Il n’y a plus dans l’au-delà de péché véniel. C’est le refus ou le don, total et définitif l’un et l’autre. Dans l’âme au purgatoire règne la charité divine sans mélange d’aucun péché. Catherine y revient plus loin.

(8) Ce texte n’est pas dans l’Écriture sainte. C’est une parole du Christ rapportée par saint Justin et d’autres premiers Pères.

(9) Selon Catherine, la peine diminue, non en intensité, mais seulement en durée, à mesure qu’on approche de la délivrance.

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Traité du Purgatoire (3) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Souffrances des âmes du Purgatoire. La séparation d’avec Dieu est leur plus grande peine.

D’autres part, la peine qu’elles subissent est si extrême qu’il n’est aucune langue qui puisse l’exprimer ni aucune intelligence qui puisse en saisir la moindre étincelle si Dieu ne la lui découvre par une grâce toute spéciale. Cette étincelle, Dieu fit à cette âme (6) la grâce de la lui faire voir, mais je ne puis l’exprimer par la langue. Cette connaissance que Dieu m’a fait voir n’est jamais sortie de mon esprit. J’en dirai ce que je pourrai et ceux-là comprendront à qui le Seigneur daignera ouvrir l’entendement.

La source de toutes les souffrances est le péché, soit originel, soit actuel. Dieu a créé l’âme toute pure et toute simple, sans aucune tache de péché et avec un instinct béatifique qui la porte vers lui.

De cet instinct, le péché originel en quoi elle se trouve la détourne. Le péché actuel, quand il s’y ajoute, l’en détourne plus encore. Plus elle s’en éloigne, plus elle devient mauvaise, puisque Dieu de moins en moins s’accorde avec elle.

Tout ce qu’il peut y avoir de bon dans les créatures n’existe que par la communication que Dieu en fait. Aux créatures non raisonnables, Dieu en fait part selon ses desseins et il ne leur fait jamais défaut.

À la créature raisonnable, à l’âme, il correspond plus ou moins dans la mesure où il la trouve purifiée de l’empêchement du péché. Existe-t-il une âme qui revienne à la première pureté de sa création, l’instinct du bonheur se découvre en elle et s’accroît aussitôt avec une telle véhémence, une telle ardeur de charité l’entraînant vers sa afin dernière, que c’est pour elle chose insupportable d’en être écartée. Plus elle en a la conscience, plus extrême est son tourment.
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(6) «Cette âme», c’est Catherine de Gênes, évitant de se nommer elle-même, comme saint Paul parlant de ses visions ; « Je connais un homme…» (2 Cor.,12 ,2).

 

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Traité du Purgatoire (2) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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2. Joie des âmes du Purgatoire. Leur croissante vision de Dieu. La raison de la rouille.

Je ne crois pas qu’il puisse se trouver un contentement comparable à celui d’une âme du purgatoire, à l’exception de celui des saints en paradis. Chaque jour s’accroît ce contentement par l’action de Dieu en ces âmes, action qui va croissant comme va se consumant ce qui empêche cette action divine. Cet empêchement, c’est la rouille du péché. (4) Le feu consume progressivement cette rouille et ainsi l’âme se découvre de plus en plus à l’influx divin.

De même un objet qu’on aurait recouvert ne peut correspondre à l’éclat du soleil, non point parce que le soleil serait insuffisant, lui qui continue de briller, mais par l’empêchement de ce qui recouvre l’objet. Que vienne à se consumer l’obstacle qui fait écran, l’objet se découvrira à l’action du soleil ; il la subira de plus en plus à mesure que l’obstacle diminuera.

Ainsi la rouille, c’est-à-dire le péché (5) est ce qui recouvre l’âme. Au purgatoire cette rouille est consumée par le feu. Plus elle se consume, plus aussi l’âme s’expose au vrai soleil, à Dieu. Sa joie augmente à mesure que la rouille disparaît et que l’âme s’expose au rayon divin. Ainsi l’une croît et l’autre diminue jusqu’à ce que le temps soit accompli. Ce n’est pas la souffrance qui diminue, c’est uniquement le temps de rester dans cette peine.

Quant à la volonté, ces âmes ne peuvent jamais dire que ces peines soient des peines, tant elles sont satisfaites des dispositions divines auxquelles leur volonté est unie par pure charité.
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(4) La rouille n’est pas un reste de péché, une disposition mauvaise de la volonté qui serait l’effet en l’âme des péchés commis durant la vie terrestre : c’est une souillure de l’âme, extérieure à sa volonté, un manque de perfection suite des péchés d’autrefois, dont la volonté s’est totalement détachée au moment de la mort.

(5) Il faut lire : la rouille du péché, conformément à ce qui est dit plus haut.

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Traité du Purgatoire (1) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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TRAITÉ DU PURGATOIRE

Notes préliminaires

Cette traduction du Traité du Purgatoire a été publiée, avec Vie et doctrine, dans La grande Dame du pur amour.

Le Traité du Purgatoire est la partie la plus connue et la plus répandue du Corpus catherinianum qui devait être divisé en trois livres : la Vita, le Dialogue spirituel, le Traité du Purgatoire. Ce Traité a été loué par des théologiens, souvent réédité et traduit à part du reste. L’opuscule n’a en aucune manière l’allure d’un traité.

Catherine, au rythme de ses poussées intérieures, sans nul plan préétabli, confiait à ses intimes quelque chose de ses expériences mystiques. Elle s’étendit spécialement sur les épreuves purifiantes qu’elle subissait dans la dernière période de sa vie. Elle y discernait une anticipation et l’analogue en cette vie du purgatoire de l’au-delà. Ses intimes couchaient par écrit, de leur mieux, ses déclarations, celles-ci parmi les autres. En rassemblant leurs notes en vue d’une biographie, ils se sont attachés à grouper ce qui concernait la doctrine du purgatoire.

Dès avant 1520, dans la première élaboration de la Vita, ce travail était achevé sous sa forme définitive. Il formait le chapitre XLI (41).

Après un préambule de quelques lignes, le chapitre débutait par cette précision : « Elle disait … »

Ce traité a de nombreuses attaches avec la Vita. On trouve dans celle-ci, déjà dans le texte de 1520, des allusions et des rappels de cette doctrine, toujours en relation avec les expériences de la sainte. Bref, le purgatoire ne peut être séparé de la Vita.

Traité du purgatoire
De la bienheureuse
Ste Catherine de Gênes
(Caterina Fieschi Adorno)

Comment, par comparaison avec le feu divin qu’elle ressentait au-dedans d’elle-même, elle comprenait ce qu’était le purgatoire, et comment les âmes s’y trouvent contentes et souffrantes.

Cette sainte âme encore dans sa chair se trouva établie dans le purgatoire du brûlant amour de Dieu. Il la brûlait toute et la purifiait de ce qu’elle avait à purifier, de façon qu’au sortir de cette vie elle pût être présentée au regard de Dieu son doux amour. Par le moyen de ce brûlant amour, elle comprenait en elle-même dans quel état se trouvent au purgatoire les âmes des fidèles pour purifier toute espèce de rouille et de tache du péché non encore effacée durant cette vie.

 Elle-même, établie au purgatoire du feu divin d’amour, se tenait unie à son divin amour, satisfaite de tout ce qu’il opérait en elle ; comprenant qu’il en était ainsi des âmes qui sont au purgatoire, elle disait (1).
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(1) Dans son exposé, la sainte passe tour à tour, et sans avertir, du «purgatoire» qu’elle subit déjà à celui d’après la mort. Le lecteur en sera prévenu, soit par les sommaires, qu’il a fallu quelquefois modifier à cette fin, soit par des notes au bas des pages.
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  1. Parfaite conformité des âmes du Purgatoire à la volonté de Dieu.

 Les âmes qui sont au purgatoire, à ce que je crois comprendre, ne peuvent avoir d’autre choix que d’être en ce lieu puisque telle est la volonté de Dieu qui dans sa justice l’a ainsi décidé. Elles ne peuvent pas d’avantage se retourner sur elles-mêmes. Elles ne peuvent dire : j’ai fait tels péchés et c’est à cause d’eux que je mérite de me trouver ici. Il ne leur est pas possible de dire : je voudrais ne pas avoir fait tels péchés, parce qu’ainsi j’irais tout de suite en paradis. Pas davantage : celui-là sortira d’ici avant moi. Ni dire : j’en sortirai avant lui. (2)

Elles sont incapables d’avoir ni d’elles-mêmes ni des autres aucun souvenir, ni en bien ni en mal, qui puisse augmenter leur souffrance. Elles ont, au contraire, un tel contentement d’être établies dans la condition voulue par Dieu et que Dieu accomplisse en elles tout ce qu’il veut, comme il le veut, qu’elles ne peuvent penser à elles-mêmes ni en ressentir quelque accroissement de peine.

Elles ne voient qu’une chose, la bonté divine qui travaille en elles, cette miséricorde qui s’exerce sur l’homme pour le ramener à Dieu. En conséquence, ni bien ni mal qui leur arrive à elles-mêmes ne peut attirer leur regard.
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(2) Les âmes du purgatoire, livrées tout entières à l’amour, n’ont plus aucune espèce de retour sur elles-mêmes, elles sont incapables de dire « Je ». Catherine de Gênes était arrivée à cette totale abnégation d’elle-même dès son vivant, comme elle le déclare à plusieurs reprises.
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Si ces âmes pouvaient en prendre conscience, elles ne seraient plus dans la pure charité.

Elles ne peuvent non plus considérer qu’elles sont dans ces peines à cause de leurs péchés, cette idée n’entre pas dans leur esprit. Ce serait en effet une imperfection en acte (3), chose qui ne peut exister en ce lieu où il est impossible de commettre un péché.

Pourquoi elles sont en purgatoire, cette cause qui est en elles, il ne leur est donné de la voir qu’une seule fois, au moment qu’elles sortent de cette vie, et dans la suite ne la voient plus jamais. Autrement, ce regard serait un retour sur soi;

Étant donc établies en charité et n’en pouvant plus dévier par un acte défectueux, elles sont rendues incapables de rien vouloir, de rien désirer, hormis le pur vouloir de la pure charité. Placées dans ce feu purifiant, elles y sont dans l’ordre voulu par Dieu. Cette disposition divine est pur amour, elles ne peuvent s’en écarter en rien, parce qu’elles sont incapables de commettre un péché, comme aussi de faire un acte méritoire.
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(3) Puisque ce serait un retour sur elles-mêmes, un acte d’amour-propre, comme la sainte va le dire aussitôt.
Remarquons comment Catherine présente le « jugement particulier », dans sa nue simplicité, bien éloignée des figures et des imaginations : c’est un regard de l’âme sur elle-même à la lumière invisible de Dieu (dont elle n’a pas la vision), elle se voit dans sa vérité et se juge.
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Prières: le chemin de Croix en faveur des âmes.

EGLISE.CHEMIN.DE.CROIX.ETAPES.NUMEROS

Un  suffrage qui est d’un très grand prix pour les défunts, c’est le Chemin de Croix, tant à cause des nombreuses indulgences qui sont attachées à cet exercice, qu’à cause de l’excellence de cette prière en elle-même, puisqu’elle consiste essentiellement dans la méditation des souffrances de Jésus. C’est la grande immolation du Calvaire qui est pour tout pécheur l’instrument nécessaire de la Rédemption, et l’efficacité de ce sang divin découlant sur ces pauvres âmes du purgatoire, pour les purifier des restes de leurs souillures, il ne saurait être mise en doute pour quiconque a la foi. Voici ce qu’on lit au sujet de cette précieuse dévotion dans la vie de la Vénérable Marie d’Antigna. Elle avait eu longtemps la sainte pratique de faire chaque jour le Chemin de Croix pour le soulagement des défunts, puis elle s’était un peu relâchée de sa première ferveur, et depuis quelque temps s’était abstenue de le faire. Notre Seigneur, qui avait de grands desseins sur cette âme, et qui voulait en faire une victime d’amour pour la consolation des pauvres âmes du purgatoire, sut bien la rappeler à son devoir. Un jour une religieuse du même monastère lui apparut, quelque temps après sa mort :

– « Ma sœur, lui dit-elle en gémissant, pourquoi ne faites-vous plus les stations du Chemin de Croix pour moi et pour les autres âmes souffrantes, comme vous aviez coutume auparavant ? »

En ce moment le doux Sauveur des âmes lui apparut avec un visage sévère :

-« Ma fille, lui dit-il, je suis très fâché de ta négligence. Il faut que tu saches que les stations du Chemin de la Croix sont très profitables aux âmes du purgatoire. C’est pourquoi j’ai permis à cette âme de venir en son nom, et au nom de toutes les autres, se réclamer de toi. C’est là un suffrage d’une importance majeure. C’est parce que tu le faisais exactement autrefois, que tu as été favorisée de communications habituelles avec les défunts. C’est pour cela aussi que ces âmes reconnaissantes ne cessent de prier pour toi, et de plaider ta cause au tribunal de ma justice. Fais connaître ce trésor à tes sœurs, et dis-leur d’y puiser largement pour elles et pour les défunts. »

Abbé Louvet,
Le purgatoire d’après les révélations des saints,
1860

Prière en PDF:

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