Le Manuscrit du Purgatoire et de l’Enfer.

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Le Manuscrit du Purgatoire :

Le Manuscrit que nous avons entre les mains contient des renseignements très intéressants sur la vie d’outre-tombe, notamment sur le Purgatoire, et ces renseignements sont entremêlés de très nombreux conseils de direction spirituelle.
Son authenticité ne fait pas de doute.
Il résulte en effet de témoignages certains et concordants, de faits dûment contrôlés, qu’une Religieuse d’un couvent de Valognes, Sœur Marie de la Croix, décédée à Cherbourg le 11 mai 1917. Celle-ci perçut tout à coup, près d’elle, en novembre 1873, des gémissements prolongés.
Enfin, le dimanche 15 février 1874, une voix bien connue se fit entendre : « N’ayez pas peur ! Vous ne me verrez pas dans mes souffrances ! Je suis Sœur Marie Gabrielle » Et l’âme en peine fit savoir à son ancienne compagne qu’elle lui multiplierait ses visites pour l’aider à se sanctifier. Et c’est ainsi que, plusieurs années durant, s’établirent entre l’âme de Sœur Marie Gabrielle et Sœur Marie de la Croix les mystérieuses relations que Sœur Marie de la Croix consigna elle-même, de 1874 à 1890, dans le précieux Manuscrit dont nous entreprenons la publication.

Le manuscrit de l’Enfer :
Le Manuscrit suivant que nous publions a été trouvé dans les papiers d’une jeune fille morte au couvent après quelques années de vie religieuse.
L’écrit se répand rapidement en éditions multipliées parmi les lecteurs toujours plus nombreux ; il creuse l’âme d’un frémissement d’émotion, de piété, en même temps que d’un sentiment d’horreur.
Ses pages, vives et terribles, rapportent une expérience très humaine et courante de vie terrestre.
Non, il ne doit pas être possible de lire ces pages avec indifférence ou à titre de simple curiosité. C’est de notre éternité qu’il s’agit ici. L’enjeu est le plus formidable qui puisse être !
Monseigneur Léon Cristiani (†1971)

Éditions Chiré.

 

Léon Cristiani, qui a également emprunté le pseudonyme de Nicolas Corte, né le 4 janvier 1879  à Escurolles  (Allier) et mort le 8 janvier 1971 à Moulins (Allier),  à est un prélat, historien, théologien et universitaire Français. Il est connu pour ses travaux sur l’histoire du protestantisme et sut l’Église au XVIe siècle, ses multiples biographies, quelques réflexions théologiques, abordant notamment le domaine du satanisme et des forces du mal, et philosophiques.

 

Traité du Purgatoire (19) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. La sainte conclut son exposé sur les âmes du Purgatoire en leur attribuant ce qu’elle ressent dans son âme.

Cette forme de purification que je vois appliquée aux âmes du purgatoire, je l’éprouve dans mon esprit, surtout depuis deux ans. (18) De jour en jour je la ressens et la vois plus clairement.

Mon âme, à ce que je vois, est dans ce corps comme dans un purgatoire en tout semblable au vrai purgatoire, mais à la mesure réduite que le corps peut supporter, pour éviter qu’il ne meure. Néanmoins cela s’aggrave peu à peu, jusqu’à ce qu’enfin mort s’ensuive.

Je vois l’esprit rendu étranger à toute chose, même d’ordre spirituel, où il pourrait trouver quelque aliment, comme serait joie, plaisir, consolation. Il est hors d’état de prendre goût à quelque chose que ce soit, temporelle ou spirituelle, ni par la volonté, ni par l’entendement, ni par la mémoire. Il m’est devenu impossible de dire : je prends plus de plaisir à ceci qu’à cela.

Mon intérieur est assiégé. De toute chose qui portait rafraîchissement à sa vie spirituelle et corporelle il a été dépouillé petit à petit. Chaque fois qu’une de ces choses lui est enlevée il reconnaît qu’elle était de nature à lui donner aliment et réconfort. Aussitôt que l’esprit en prend conscience, il les prend en haine et en abomination et elles s’en vont sans aucun remède. La raison en est que l’esprit porte en soi l’instinct de se débarrasser de toute chose qui puisse faire obstacle à sa perfection. Il s’y acharne au point qu’il irait presque jusqu’à se laisser mettre en enfer pour atteindre à son but.

Il va rejetant toute chose dont l’homme intérieur pourrait se nourrir, il l’investit de façon si subtile que ne peut passer le moindre fétu d’imperfection sans qu’il ne l’aperçoive et ne le prenne en horreur.

Quant à la partie extérieure, puisque l’esprit n’a plus de correspondance avec elle, elle aussi est assiégée étroitement ; il lui devient impossible de se rafraîchir au gré de son instinct humain.

Il ne lui reste d’autre soutien que Dieu. C’est lui qui opère tout cela par amour et avec grande miséricorde pour satisfaire à sa justice.

Cette vue donne à l’esprit grande paix et contentement. Mais ce contentement ne diminue en rien la souffrance ni la compression qu’il subit. Jamais la souffrance ne pourrait devenir cruelle au point qu’il puisse désirer de se dégagé de ce que Dieu dispose à son sujet. Il ne sort pas de sa prison, il ne cherche pas à en sortir, tant que Dieu n’aura pas accompli en lui tout ce qui est nécessaire. Ce qui me contente c’est que Dieu soit satisfait. Il n’y aurait pas pour moi de souffrance pire que de m’écarter des desseins de Dieu sur moi, tant j’y vois de justice et de miséricorde.

Tout ce qui vient d’être dit, je le vois, je le touche, mais je n’arrive pas à trouver d’expressions satisfaisantes pour le dire comme je voudrais. Ce que j’en ai dit, je le sens s’opérer en moi spirituellement et c’est pour cela que je l’ai dit.

La prison dans laquelle je me vois, c’est le monde ; la chaîne, c’est le corps. L’âme illuminée par la grâce, c’est elle qui connaît l’importance d’être retenue ou retardée d’atteindre sa fin, par quelque empêchement que ce soit. Cela lui cause une peine extrême, car elle est d’une sensibilité aiguë.

De plus, cette âme reçoit de Dieu une certaine dignité qui la rend semblable à Dieu même. Il la fait une même chose avec lui en la rendant participante de sa bonté. Et comme il est impossible qu’une peine quelconque atteigne Dieu, ainsi en advient-il des âmes qui s’approchent de lui. Plus elles s’approchent, plus aussi elles reçoivent de ce qui est propre à la divinité.

Par suite, le retardement qui atteint l’âme lui cause une souffrance intolérable. Cette souffrance et ce retard la rendent dissemblable de ces propriétés qu’elle avait de nature(19) et que la grâce lui montre ; elle est empêchée d’y atteindre, alors qu’elle y est apte, et cela lui cause une souffrance très grande, à mesure de l’estime qu’elle a de Dieu. Mieux elle le connaît, plus elle l’estime ; plus elle est dégagée du péché, mieux elle le connaît. À mesure aussi, l’empêchement lui devient plus terrible, d’autant plus que l’âme est toute recueillie en Dieu et rien ne l’empêche de le connaître sans aucune erreur.

L’homme qui est prêt à se laisser tuer plutôt que d’offenser Dieu ressent la mort et en éprouve toute la peine. Mais dans le zèle que lui donne la lumière divine, il place l’honneur de Dieu au dessus de la mort. Ainsi l’âme qui connaît les desseins de Dieu en fait plus de cas que de toute torture intérieure ou extérieure, si grande qu’elle soit, puisque Dieu qui opère en elle ces choses dépasse tout ce qu’on peut en ressentir ou imaginer.

L’occupation, pour faible qu’elle soit, que Dieu donne de lui-même à une âme l’absorbe en lui au point qu’elle ne peut tenir compte de rien autre. Par suite elle perd tout retour sur soi, elle ne voit plus rien en elle-même, ni dommage ni peine, elle n’en parle pas, elle n’en sait plus rien. Un instant seulement elle en a connaissance, comme il a été dit, au moment qu’elle sort de cette vie.

Finalement tirons cette conclusion : Dieu fait perdre à l’homme tout ce qui est de l’homme, et le purgatoire le purifie.
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(18) Il est dommage que cette notation chronologique soit si imprécise. Cependant, on peut placer cette déclaration de Catherine vers 1500. Ceci se confirme par le ministère de Marabotto auprès d’elle, à partir de 1498 environ, nécessité en bonne partie par les scrupules dont elle fut tourmentée et qui font un élément de son purgatoire. Le purgatoire a duré beaucoup plus de deux ans : il avait commencé plus de deux ans avant cette déclaration et il s’est prolongé peut-être jusqu’à la mort.

(19) Propriété n’est pas pris ici dans le sens moral et habituel de retour sur soi, mais dans son acception philosophique et ontologique d’aptitude essentielle. Il s’agit précisément de cette aptitude et tendance à s’unir à lui que Dieu a mise en l’âme en la créant, comme Catherine l’a dit maintes fois.

Ainsi se clôt le Traité du Purgatoire

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Traité du Purgatoire (18) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Au purgatoire, les âmes souffrent volontiers et dans la joie.

 

Au purgatoire, je vois les âmes souffrir avec la vue de deux opérations.

La première, c’est qu’elles souffrent de très bon cœur leurs peines. Elles se rendent compte que Dieu leur fait grande miséricorde, considérant le châtiment qu’elles ont mérité, sachant aussi à quel point il leur est nécessaire. Si la bonté divine n’avait tempéré sa justice par sa miséricorde (payant pour elles par le précieux sang de Jésus-Christ) un seul péché mériterait mille enfers éternels.

Aussi subissent-elles de si grand cœur leurs peines qu’elles ne voudraient en retirer un seul carat. Elles savent que ces peines elles les ont méritées en toute justice, et qu’elles sont parfaitement réglées. Par suite, elles ne se plaignent pas plus de Dieu (quant à la volonté) que si elles étaient dans la vie éternelle.

L’autre opération est un contentement qu’elles éprouvent à voir comment Dieu agit envers elles, avec quel amour et quelle miséricorde.

Ces deux vues, Dieu les imprime en elles instantanément. Puisqu’elles sont état de grâce elles saisissent et comprennent à la mesure de leur capacité. Elles en éprouvent une immense joie, qui ne leur manquera plus ; au contraire, elle ira toujours croissant au fur et à mesure qu’elles s’approchent davantage de Dieu.

Ces âmes ne voient point cela en elles-mêmes ni par elles-mêmes ni comme quelque chose qui serait à elles, mais seulement en Dieu.

Elles s’occupent intensément de lui beaucoup plus que de leurs peines, elles tiennent celles-ci pour rien en comparaison de lui.

La moindre vue (17) qu’on puisse avoir de Dieu surpasse toute peine et toute joie que l’homme puisse avoir, mais sans leur enlever une étincelle ni de joie ni de peine.
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(17) Vue (vista) ne signifie pas la vision béatifique, mais toute lumière surnaturelle et intellectuelle donnée à l’âme soit en cette vie soit au purgatoire. Dès sa conversion, Catherine en fut dotée abondamment et dans un degré éminent de clarté et d’évidence.

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Traité du Purgatoire (17) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Exhortation et reproches aux vivants.

Éclairée sur toutes ces choses à la lumière divine, cette âme bénie disait :

Il me vient une envie de crier avec une telle force que sur la terre tous les hommes en seraient épouvantés.

Je leur dirais : Malheureux, pourquoi vous laissez-vous aveugler à ce point par le monde? À cette nécessité si pressante où vous vous trouverez au moment de la mort, vous n’avez aucun souci de vous préparer !

Vous vous abritez tous sous l’espérance de la miséricorde divine. Elle est si grande, dites-vous. Mais vous ne voyez pas que cette bonté de Dieu tournera à votre condamnation puisque c’est contre la volonté d’un si bon maître que vous aurez agi.

Sa bonté devrait au contraire vous forcer à faire sa volonté tout entière et non pas vous porter à la présomption de faire le mal.

Sa justice ne peut être frustré, il faut de toute façon qu’elle soit pleinement satisfaite.

Ne t’encourage pas en te disant : je me confesserai, j’aurai ensuite l’indulgence plénière, je serai d’un seul coup purgé de tous mes péchés, et ainsi je serai sauvé.

Prends garde que la confession et la contrition, requises pour l’indulgence plénière, sont bien difficiles à réaliser. Si tu en avais conscience, tu tremblerais de terreur ; tu serais plus assuré de ne l’avoir pas que de l’avoir.

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Traité du Purgatoire (16) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Ces âmes veulent être pleinement purifiées.

Si une âme était présentée aux regards divins ayant encore quelque chose à purger, ce serait lui faire une grande injure, ce serait pour elle un tourment pire que dix purgatoires.

La raison en est que ce serait pour la pure bonté et la souveraine justice de Dieu une chose intolérable. De son côté, l’âme verrait qu’elle n’a pas encore pleinement satisfait à Dieu. Ne manquerait-il qu’un clin d’œil de purification, ce serait pour elle aussi chose intolérable. Pour enlever ce rien de rouille, elle irait dans mille enfers (supposé qu’il lui fût accordé de choisir) plutôt que de se trouver face à la présence divine sans être totalement purifié.

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Traité du Purgatoire (15) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Les âmes du purgatoire sont hors d’état de pouvoir mériter encore. Comment leur volonté est disposée à l’égard des bonnes œuvres offertes ici-bas en suffrage pour elles.

S’il était donné aux âmes du purgatoire de se purifier par la contrition, en un instant elles acquitteraient leur dette entière, tant serait brûlante l’impétuosité de leur contrition. Car elles voient clairement la gravité de cet empêchement qui les retient de s’unir à Dieu, leur fin et leur amour.

Tiens pour certain que dans ce paiement, elles ne sont quittes d’un seul denier, la justice de Dieu l’ayant ainsi déterminé. Ceci vaut du côté de Dieu.

Du côté de l’âme, elles n’ont plus aucun choix personnel, aucun regard sur elle-même, sans vouloir considérer autre chose que la volonté de Dieu ; elles sont ainsi établies.

Si quelqu’un en ce monde fait une aumône à leur intention et qu’ainsi la durée de leur peine soit diminuée, elles ne peuvent se retourner pour en prendre connaissance et s’y attacher. Elles abandonnent tout à l’exacte balance de la volonté divine, elles laissent Dieu tout régler à lui seul, qu’il se paie comme il plaît à sa bonté infinie. S’il leur arrivait de penser à ces aumônes en dehors de la volonté divine, ce serait un retour sur elles-mêmes, elles perdraient de ce fait la vue de ce divin vouloir et cela serait pour elle un enfer.

C’est pourquoi ces âmes restent attachées à tout ce que Dieu accomplit en elles, que ce soit plaisir et contentement ou que ce soit souffrance. Elles ne peuvent plus se détourner sur elles-mêmes, transformées qu’elles sont totalement dans la volonté de Dieu et contentes de ce qu’il décide dans son infinie sainteté.

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Traité du Purgatoire (14) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Conditions pour qu’un acte, en cette vie, soit parfait. Joie et douleur de l’âme du Purgatoire.

Sache ceci. La perfection que l’homme croît constater en lui n’est pour Dieu que défaut. En effet, tout ce que l’homme accomplit sous couleur de perfection, toute connaissance, tout sentiment, tout vouloir, tout souvenir, dès qu’il ne le fait pas remonter à Dieu, tout cela l’infecte et le souille.

Pour que ces actes soient parfaits, il est nécessaire qu’ils soient faits en nous sans nous, sans que nous en soyons le premier agent, et que l’opération de Dieu soit faite en Dieu sans que l’homme en soit la cause première.

Ces actes seuls sont parfaits, que Dieu accomplit et achève dans son amour pur et net, sans mérite de notre part. Ils pénètrent l’âme si profondément et l’embrasent à tel point que le corps où elle se trouve se sent brûler comme s’il était dans un grand brasier qui ne s’éteindra pas avant sa mort. (16)

Il est vrai, comme je le vois, que l’amour qui procède de Dieu et rejaillit dans l’âme cause en elle un contentement inexprimable ; mais ce contentement n’enlève pas une étincelle de leur peine aux âmes du purgatoire.

Donc, cet amour qui se trouve entravé, c’est lui qui constitue leur souffrance. Cette souffrance est d’autant plus grande que plus grande est la capacité d’amour et de perfection que Dieu a donnée à chacune.

Ainsi les âmes du purgatoire ont toutes ensembles une joie extrême et une extrême souffrance sans que l’une soit un obstacle pour l’autre.
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(16) La sainte passe, en mentionnant la mort, aux âmes du purgatoire.

 

Traité du Purgatoire (13) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Comment l’âme va, en cette vie, du péché à la pureté d’amour. (14) Sagesse de Dieu qui lui tient cachées ses imperfections.

L’âme a été créée munie de toutes les bonnes dispositions dont elle est capable, pour la mettre à même d’atteindre sa perfection, à condition qu’elle vive comme Dieu l’ordonne sans se souiller d’aucune tache de péché.

Mais elle s’est contaminée par le péché originel qui lui fait perdre ses dons de grâce. Elle est morte, elle ne peut ressusciter sinon par Dieu. Quand elle renaît par le baptême, il lui reste l’inclination au mal ; cette inclination la conduit, si elle n’y résiste pas, au péché actuel, par quoi elle meurt de nouveau.

Une nouvelle fois, Dieu lui rend la vie. C’est une grâce toute particulière qu’il lui fait, car elle est salie et tournée vers elle-même. Pour la ramener à son premier état telle que Dieu l’a créée, elle a besoin de ces opérations divines faute desquelles il lui serait à jamais impossible de se tourner de nouveau vers Dieu.

Quand l’âme se met en route pour retourner à son premier état, si grande est l’ardeur qui la presse de se transformer en Dieu que c’est là son purgatoire. Elle ne regarde pas ce purgatoire comme un purgatoire, (15) mais cet instinct brûlant et entravé constitue son purgatoire.

Ce dernier acte d’amour accomplit son œuvre, sans que l’homme y ait part. Il y a dans l’âme tant d’imperfections cachées qu’elle désespérerait s’il lui était donné de les voir. Ce dernier état les consume toutes.

Après qu’elles sont consumées, Dieu les découvre à l’âme pour qu’elle reconnaisse l’œuvre divine accomplie en elle par le feu d’amour. C’est lui qui a consumé en elle toutes ces imperfections qui doivent l’être.
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(14) Dans ce # 13, la sainte résume son propre cheminement spirituel.

(15) Il s’agit ici, directement, du « purgatoire » que subit la sainte en cette période de sa vie, mais cela vaut aussi du purgatoire de l’au-delà.

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Traité du Purgatoire (12) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

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  1. Comment Dieu purifie les âmes : exemple de l’or dans le creuset.

De ce divin Amour, je vois jaillir vers l’âme certains rayons et flammes brûlantes, si pénétrantes et si forts qu’ils sembleraient capables de réduire au néant non seulement le corps, mais l’âme elle-même s’il était possible.

Ces rayons opèrent de deux manières : l’une est de purifier, l’autre d’anéantir.

Vois l’or. À mesure que tu le fonds, à mesure il s’améliore. Tu pourrais le fondre au point de détruire en lui toute imperfection.

Tel est l’effet du feu dans les choses matérielles. Il y a cette différence que l’âme ne peut s’anéantir en Dieu, mais uniquement dans son être propre. Plus tu la purifies, plus aussi elle s’anéantit en elle-même et pour finir elle est toute purifiée en Dieu.

L’or, quand il est purifié à vingt-quatre carats, ne se consume plus, quel que soit le feu par où tu le ferais passer. Ce qui peut être consumé en lui, ce n’est que sa propre imperfection.

Ainsi opère dans l’âme le feu divin. Dieu la maintient dans le feu jusqu’à ce que toute imperfection soit consumée. Il la conduit à la pureté totale de vingt-quatre carats, chaque âme cependant selon son degré. (13) Quand elle est purifiée elle reste tout entière en Dieu, sans rien en elle qui lui soit propre, et son être est Dieu.

Une fois que Dieu a ramené à lui l’âme ainsi purifiée, alors celle-ci est mise hors d’état de souffrir encore, puisqu’il ne lui reste plus rien à consumer. Supposé que dans cet état de pureté on la tienne dans le feu, elle n’en sentirait nulle souffrance. Ce feu ne serait autre chose que celui du divin amour de la vie éternelle, sans rien de pénible.
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(13) Le purgatoire purifie l’âme sans accroître sa charité ni son mérite.

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Traité du Purgatoire (11) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. L’amour de Dieu, qui attire les âmes saintes, et l’empêchement qu’elles trouvent dans le péché sont les causes des tourments du purgatoire.

Je vois entre Dieu et l’âme une incroyable conformité. Lorsqu’il la voit dans cette pureté où sa majesté l’a créée, il lui donne une certaine force d’attraction faite d’amour brûlant, capable de la réduire au néant, tout immortelle qu’elle soit.

Il la met dans un état de si parfaite transformation en lui son Dieu, qu’elle se voit n’être plus autre chose que Dieu. Il la tire continuellement à lui, il l’embrasse, il ne la laisse pas jusqu’à ce qu’il l’ait menée à cet être divin dont elle procède, c’est-à-dire à cette pureté dans laquelle il l’a créée.

L’âme se voit, par une vue intérieure, ainsi tirée par Dieu avec un tel feu d’amour. Alors, sous l’ardeur de cet amour embrasé de son doux Seigneur et Dieu qu’elle sent rejaillir en son esprit, elle se liquéfie tout entière.

À la lumière divine, elle voit comment Dieu ne cesse pas un instant de la tirer vers lui pour la conduire à son entière perfection. Il y met un soin extrême, une continuelle sollicitude ; en tout cela Dieu n’agit que par un pur amour. Mais elle-même, par cet obstacle de péché qui subsiste en elle, se trouve empêchée de se livrer à ce divin attrait, c’est-à-dire à ce regard unitif que Dieu lui a donné pour qu’elle soit tirée à lui.

Elle voit aussi combien lui est douloureux se retardement qui la retient de contempler la divine lumière.

S’y ajoute l’instinct de l’âme impatiente d’être libérée de cet empêchement, attirée qu’elle est par ce regard unitif. Je dis que tout cela et la vue qu’en ont les âmes, est ce qui engendre en elles la peine du purgatoire.

De cette peine, si grande qu’elle soit cependant, elles ne tiennent pas compte.

Elles s’occupent bien davantage de l’opposition qu’elles ont à la volonté de Dieu. Elles le voient brûler pour elles d’un extrême et pur amour. Cet amour, avec son regard unitif, les tire à soi avec une puissance extrême et sans arrêt, comme s’il n’avait autre chose à faire.

C’est au point que si l’âme pouvait découvrir un autre purgatoire plus fort que celui où elle se trouve, elle s’y jetterait aussitôt pour se débarrasser plus vite de cet empêchement. Tant est violent l’amour de conformité entre Dieu et l’âme.

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