Traité du Purgatoire (12) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. Comment Dieu purifie les âmes : exemple de l’or dans le creuset.

De ce divin Amour, je vois jaillir vers l’âme certains rayons et flammes brûlantes, si pénétrantes et si forts qu’ils sembleraient capables de réduire au néant non seulement le corps, mais l’âme elle-même s’il était possible.

Ces rayons opèrent de deux manières : l’une est de purifier, l’autre d’anéantir.

Vois l’or. À mesure que tu le fonds, à mesure il s’améliore. Tu pourrais le fondre au point de détruire en lui toute imperfection.

Tel est l’effet du feu dans les choses matérielles. Il y a cette différence que l’âme ne peut s’anéantir en Dieu, mais uniquement dans son être propre. Plus tu la purifies, plus aussi elle s’anéantit en elle-même et pour finir elle est toute purifiée en Dieu.

L’or, quand il est purifié à vingt-quatre carats, ne se consume plus, quel que soit le feu par où tu le ferais passer. Ce qui peut être consumé en lui, ce n’est que sa propre imperfection.

Ainsi opère dans l’âme le feu divin. Dieu la maintient dans le feu jusqu’à ce que toute imperfection soit consumée. Il la conduit à la pureté totale de vingt-quatre carats, chaque âme cependant selon son degré. (13) Quand elle est purifiée elle reste tout entière en Dieu, sans rien en elle qui lui soit propre, et son être est Dieu.

Une fois que Dieu a ramené à lui l’âme ainsi purifiée, alors celle-ci est mise hors d’état de souffrir encore, puisqu’il ne lui reste plus rien à consumer. Supposé que dans cet état de pureté on la tienne dans le feu, elle n’en sentirait nulle souffrance. Ce feu ne serait autre chose que celui du divin amour de la vie éternelle, sans rien de pénible.
……………………………………………………………………………………………..

(13) Le purgatoire purifie l’âme sans accroître sa charité ni son mérite.

PURGATOIRE.FLEUR

 

Traité du Purgatoire (11) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. L’amour de Dieu, qui attire les âmes saintes, et l’empêchement qu’elles trouvent dans le péché sont les causes des tourments du purgatoire.

Je vois entre Dieu et l’âme une incroyable conformité. Lorsqu’il la voit dans cette pureté où sa majesté l’a créée, il lui donne une certaine force d’attraction faite d’amour brûlant, capable de la réduire au néant, tout immortelle qu’elle soit.

Il la met dans un état de si parfaite transformation en lui son Dieu, qu’elle se voit n’être plus autre chose que Dieu. Il la tire continuellement à lui, il l’embrasse, il ne la laisse pas jusqu’à ce qu’il l’ait menée à cet être divin dont elle procède, c’est-à-dire à cette pureté dans laquelle il l’a créée.

L’âme se voit, par une vue intérieure, ainsi tirée par Dieu avec un tel feu d’amour. Alors, sous l’ardeur de cet amour embrasé de son doux Seigneur et Dieu qu’elle sent rejaillir en son esprit, elle se liquéfie tout entière.

À la lumière divine, elle voit comment Dieu ne cesse pas un instant de la tirer vers lui pour la conduire à son entière perfection. Il y met un soin extrême, une continuelle sollicitude ; en tout cela Dieu n’agit que par un pur amour. Mais elle-même, par cet obstacle de péché qui subsiste en elle, se trouve empêchée de se livrer à ce divin attrait, c’est-à-dire à ce regard unitif que Dieu lui a donné pour qu’elle soit tirée à lui.

Elle voit aussi combien lui est douloureux se retardement qui la retient de contempler la divine lumière.

S’y ajoute l’instinct de l’âme impatiente d’être libérée de cet empêchement, attirée qu’elle est par ce regard unitif. Je dis que tout cela et la vue qu’en ont les âmes, est ce qui engendre en elles la peine du purgatoire.

De cette peine, si grande qu’elle soit cependant, elles ne tiennent pas compte.

Elles s’occupent bien davantage de l’opposition qu’elles ont à la volonté de Dieu. Elles le voient brûler pour elles d’un extrême et pur amour. Cet amour, avec son regard unitif, les tire à soi avec une puissance extrême et sans arrêt, comme s’il n’avait autre chose à faire.

C’est au point que si l’âme pouvait découvrir un autre purgatoire plus fort que celui où elle se trouve, elle s’y jetterait aussitôt pour se débarrasser plus vite de cet empêchement. Tant est violent l’amour de conformité entre Dieu et l’âme.

PURGATOIRE.FLEUR

Traité du Purgatoire (10) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. Comme le purgatoire est chose terrible.

De quelle gravité est le purgatoire, ni la langue ne le peut expliquer, ni l’esprit le saisir. Je ne vois que ceci : que les tourments y égalent ceux de l’enfer. Néanmoins, je vois que l’âme qui découvre la moindre tache d’imperfection le reçoit, selon ce qui a été dit, comme un bienfait qui lui est accordé. Dans un certain sens, elle le tient pour rien en comparaison de cette tache qui arrête son amour.

Je vois aussi que le tourment des âmes du purgatoire consiste bien davantage en ceci qu’elles voient en elles quelque chose qui déplaît à Dieu et qu’elles l’ont contracté volontairement en agissant contre une si grande bonté, plutôt que dans nul autre tourment qu’elles ressentent en purgatoire. C’est qu’étant dans la grâce divine elles voient la réalité et l’importance de cet empêchement qui ne leur permet pas d’approcher de Dieu.

Tout ce qu’on vient de dire, qu’est-ce en comparaison des évidences qui me sont données dans mon esprit (pour autant que j’en ai pu concevoir dans cette vie) ? Devant de telles extrémités, toute vue, toute parole, tout sentiment, toute imagination, toute justice, toute vérité, tout cela n’est pour moi que tromperies et choses de néant.

Je reste confuse, faute de pouvoir trouver des expressions plus fortes.

PURGATOIRE.FLEUR

 

Traité du Purgatoire (9) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. Nécessité du purgatoire.

J’ajoute encore ceci que je vois. De la part de Dieu, le paradis est ouvert, y entre qui veut. C’est que Dieu est toute miséricorde, il reste tourné vers nous, les bras ouverts pour nous recevoir dans sa gloire. (12)

Mais je vois d’autre part comment cette divine essence est d’une telle pureté et netteté, au-delà de tout ce qu’on pourrait imaginer, que l’âme qui aurait en soi une imperfection aussi légère qu’un fétu minuscule, se jetterait en mille enfers plutôt que de se trouver avec cette tache en présence de la majesté divine.

Aussi voyant que le purgatoire a été fait pour lui enlever ces taches, elle s’y jette. Elle voit que c’est là une grande miséricorde pour elle que ce moyen d’enlever cet empêchement.
……………………………………………………………………………………………….

(12) Jésus a dit : «Celui qui vient à moi je ne le jetterai pas dehors » (Jean, 6,37).

PURGATOIRE.FLEUR

 

 

 

 

Traité du Purgatoire (8) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

8. L’Enfer et le Purgatoire font connaître l’admirable sagesse de Dieu.

De même que l’esprit net et purifié ne se connaît aucun lieu de repos sinon Dieu même puisqu’il a été créé à cette fin, de même l’âme pécheresse n’a de place nulle part sinon l’enfer puisque Dieu le lui a destiné pour sa fin.

C’est pourquoi au moment même où l’esprit est séparé du corps, l’âme se rend au lieu qui lui est destiné, sans autre guide que la nature même de son péché, au cas où l’âme se détache du corps en état de péché mortel.

Si l’âme ne trouvait pas à ce moment même cette destination qui procède de la justice divine, elle serait dans un enfer pire que l’enfer même. La raison en est que l’âme se trouverait hors de cette disposition divine qui n’est pas sans une part d miséricorde, puisque la peine infligée n’est pas aussi grande qu’elle le mérite. Aussi l’âme, ne trouvant aucun lieu qui lui convienne davantage ni lui soit moins douloureux, Dieu l’ayant disposé ainsi, elle se jette d’elle-même en enfer puisque c’est là sa place.

Il en est de même du purgatoire dont nous parlons. Séparée du corps, l’âme qui ne se trouve pas dans cette netteté dans laquelle Dieu l’a créée, voyant en elle l’obstacle qui la retient et sachant qu’il ne peut être enlevé que par le moyen du purgatoire, elle s’y jette aussitôt et de grand cœur.

Si elle ne découvrait ce moyen disposé par Dieu pour la débarrasser de cet empêchement, à l’instant se formerait en elle un enfer pire que le purgatoire, parce qu’elle se verrait empêchée d’atteindre sa fin qui est Dieu. Cela est pour elle d’une telle importance qu’en comparaison le purgatoire est comme rien, quoique, comme il a été dit, le purgatoire est semblable à l’enfer. Mais c’est en comparaison qu’il est comme rien.

PURGATOIRE.FLEUR

Traité du Purgatoire (7) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. De quel violent amour les âmes du Purgatoire aspirent à jouir de Dieu. Exemple du pain et de l’affamé.

Elles éprouvent de plus une conformité si unifiante à leur Dieu, cette conformité les tire vers lui avec une si grande force par l’instinct de nature qui existe entre Dieu et l’âme. (11) qu’on ne peut donner aucun raisonnement, aucune comparaison, aucun exemple qui puisse expliquer assez cette chose au degré où l’âme la ressent dans son opération en elle et par son expérience intime. J’en donnerai cependant un exemple qui se présente à mon esprit.

Supposons qu’il n’y eût dans le monde entier qu’un seul pain pour enlever la faim à toute créature ; supposons de plus que rien qu’à voir ce pain les hommes en seraient rassasiés.

Étant donné que l’homme, à moins d’être malade, a l’instinct naturel de manger, s’il vient à ne plus manger, tout en étant préservé de maladie et de mort, sa faim grandirait continuellement puisque son instinct de manger ne diminuerait jamais.

Il sait que ce pain est seul capable de le rassasier ; s’il ne peut l’avoir sa faim ne s’en ira pas, il restera dans un tourment intolérable. Plus il s’en approche sans arriver cependant à le voir, plus aussi s’allume le désir naturel que son instinct ramasse tout entier sur le pain en quoi se trouve tout contentement.

S’il savait avec certitude que jamais il ne lui sera donné de voir ce pain, à ce moment l’enfer s’accomplirait pour lui ; il serait dans l’état des âmes damnées qui sont privées de toute espérance d’arriver jamais à voir le pain qui est Dieu leur vrai Sauveur.

Mais les âmes du purgatoire ont l’espérance de contempler le pain et de s’en rassasier pleinement. Par suite, elles souffrent la faim et restent dans leur tourment aussi longtemps qu’elles sont retenues de se rassasier de ce pain, Jésus-Christ, vrai Dieu Sauveur, notre Amour.
………………………………………………………………………………………………..

(11) Idée plus d’une fois énoncée par Catherine. Il y a entre Dieu et ses créatures spirituelles une conformité de nature et surnaturelle qui les attire vers lui, si elles n’y mettent obstacle par le péché. On se rappelle S. Augustin : «Tu nous as faits pour toi, Seigneur … »

PURGATOIRE.FLEUR

 

Traité du Purgatoire (6) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. Purifiées du péché, c’est avec joie que les âmes du Purgatoire       s’acquittent de leurs peines.

Mais les âmes du purgatoire tiennent leur volonté en tout conforme à celle de Dieu. En conséquence, Dieu s’accorde avec elles dans sa bonté et elles demeurent contentes (quant à leur volonté) et purifiées de la coulpe du péché originel et du péché actuel.

Ces âmes sont rendues aussi pures que Dieu les a créées. Quand elles sortent de cette vie contrites de tous les péchés qu’elles ont commis, s’en étant confessées et animées de la volonté de ne les plus commettre, Dieu les absout aussitôt de leur coulpe et il ne reste plus en elles que la rouille du péché. Elles s’en purifient ensuite dans le feu par la souffrance.

Ainsi purifiées de toute coulpe et unies à Dieu par leur volonté, elles voient Dieu clairement, selon le degré de connaissance qu’il leur accorde ; (10) elles voient aussi de quelle valeur il est de jouir de Dieu et que les âmes sont créées précisément pour cela.
………………………………………………………………………………………………..

(10) Il ne s’agit pas de la vision face à face réservée au ciel, mais d’une connaissance plus claire que sur terre, puisqu’il n’y a plus de passions ni de perceptions ou souvenirs sensibles pour en troubler la netteté.

PURGATOIRE.FLEUR

Traité du Purgatoire (5) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. Dieu montre sa bonté même envers les damnés.

Ce châtiment des damnés n’est pas infini en quantité. La raison en est que la douce bonté divine étend le rayon de sa miséricorde jusqu’en enfer.

En effet, l’homme décédé en état de péché mortel mérite un châtiment infini et pour un temps infini. Mais la miséricorde de Dieu a disposé que seul le temps serait sans fin, et les peines limitées en quantité. En toute justice, il aurait pu leur infliger une peine plus grande qu’il ne fait.

Oh ! Quel est le danger du péché commis par mauvais vouloir ! C’est à grand’peine que l’homme s’en repent, et tant qu’il n’en a pas de repentir, le péché demeure et ce péché continue aussi longtemps que l’homme reste dans la volonté du péché qu’il a commis ou dans celle de le commettre.

PURGATOIRE.FLEUR

Traité du Purgatoire (4) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. Différence entre les damnés et les âmes du purgatoire.

Les âmes qui sont au purgatoire se trouvent sans la coulpe du péché. (7) En conséquence, il n’y a pas d’obstacle entre Dieu et elles, hors cette peine qui les retarde et qui consiste en ce que leur instinct béatifique n’a pas atteint sa pleine perfection.

Voyant en toute certitude combien importe le moindre empêchement, voyant que la justice exige que leur attrait soit retardé, il leur naît au cœur un feu d’une violence extrême, qui ressemble à celui de l’enfer.

Il y a la différence du péché qui rend mauvaise la volonté des damnés de l’enfer ; à ceux-ci Dieu ne fait point part de sa bonté. Ils demeurent dans cette malice désespérée, opposée à la volonté de Dieu.

On voit par là que cette opposition de la volonté mauvaise à la volonté de Dieu est cela même qui constitue le péché. Comme leur volonté s’obstine dans le mal, le péché aussi se maintient. Ceux de l’enfer sont sortis de cette vie avec leur volonté mauvaise. Aussi leur péché n’est pas remis et ne peut l’être, parce qu’ils ne peuvent plus changer de volonté, une fois qu’ils sont sortis ainsi disposés de cette vie. En ce passage l’âme s’établit définitivement dans le bien ou dans le mal, selon qu’elle s’y trouve par sa volonté délibérée, conformément à ce qui est écrit ; «Là où je te trouverai, c’est-à-dire au moment de la mort, avec cette volonté ou du péché ou de rejet et de regret du péché, là je te jugerai.» (8)

 Ce jugement est sans rémission puisque après la mort la liberté du libre vouloir n’est plus sujette au changement. Elle reste fixée dans la disposition où elle se trouvait au moment de la mort.

Ceux de l’enfer, pour s’être trouvés à ce moment avec la volonté de pécher, portent sur eux la coulpe et la peine. Celle-là est infinie ; celle-ci n’est pas aussi grave qu’ils l’ont méritée, mais ils la porteront sans fin.

Au contraire, ceux du purgatoire ont seulement la peine, puisque le péché fut effacé au moment de la mort. Car ils étaient contrits de leurs fautes et se repentaient d’avoir offensé la bonté de Dieu. Aussi leur peine aura sa fin, elle va diminuant sans cesse dans le temps, comme il a été dit. (9)
………………………………………………………………………………………………..

(7) Vue profonde de Catherine. A la mort, tout le sensible disparaît, tout le transitoire s’évanouit. L’âme s’établit dans l’absolu. Il n’y a plus dans l’au-delà de péché véniel. C’est le refus ou le don, total et définitif l’un et l’autre. Dans l’âme au purgatoire règne la charité divine sans mélange d’aucun péché. Catherine y revient plus loin.

(8) Ce texte n’est pas dans l’Écriture sainte. C’est une parole du Christ rapportée par saint Justin et d’autres premiers Pères.

(9) Selon Catherine, la peine diminue, non en intensité, mais seulement en durée, à mesure qu’on approche de la délivrance.

PURGATOIRE.FLEUR

Traité du Purgatoire (3) de Ste Catherine de Gênes (†1510)

EGLISE.SAINTE.CATHERINE.DE.GENES.ITALIENNE.(†1510).caterina da genova1

  1. Souffrances des âmes du Purgatoire. La séparation d’avec Dieu est leur plus grande peine.

D’autres part, la peine qu’elles subissent est si extrême qu’il n’est aucune langue qui puisse l’exprimer ni aucune intelligence qui puisse en saisir la moindre étincelle si Dieu ne la lui découvre par une grâce toute spéciale. Cette étincelle, Dieu fit à cette âme (6) la grâce de la lui faire voir, mais je ne puis l’exprimer par la langue. Cette connaissance que Dieu m’a fait voir n’est jamais sortie de mon esprit. J’en dirai ce que je pourrai et ceux-là comprendront à qui le Seigneur daignera ouvrir l’entendement.

La source de toutes les souffrances est le péché, soit originel, soit actuel. Dieu a créé l’âme toute pure et toute simple, sans aucune tache de péché et avec un instinct béatifique qui la porte vers lui.

De cet instinct, le péché originel en quoi elle se trouve la détourne. Le péché actuel, quand il s’y ajoute, l’en détourne plus encore. Plus elle s’en éloigne, plus elle devient mauvaise, puisque Dieu de moins en moins s’accorde avec elle.

Tout ce qu’il peut y avoir de bon dans les créatures n’existe que par la communication que Dieu en fait. Aux créatures non raisonnables, Dieu en fait part selon ses desseins et il ne leur fait jamais défaut.

À la créature raisonnable, à l’âme, il correspond plus ou moins dans la mesure où il la trouve purifiée de l’empêchement du péché. Existe-t-il une âme qui revienne à la première pureté de sa création, l’instinct du bonheur se découvre en elle et s’accroît aussitôt avec une telle véhémence, une telle ardeur de charité l’entraînant vers sa afin dernière, que c’est pour elle chose insupportable d’en être écartée. Plus elle en a la conscience, plus extrême est son tourment.
……………………………………………………………………………………………….

(6) «Cette âme», c’est Catherine de Gênes, évitant de se nommer elle-même, comme saint Paul parlant de ses visions ; « Je connais un homme…» (2 Cor.,12 ,2).

 

PURGATOIRE.FLEUR